Le croiriez-vous ? Il faut le vivre pour le croire, de fait. Imaginez votre voisin, pas celui d’à côté ou juste du dessous, celui du troisième quand vous payez pour vivre au quatrième, mais sur le palier gauche tandis que vous déboursez une fortune mensuelle pour vivre à droite. Pas un intime, donc. Avançons davantage dans la fantasmagorie. En plus d’avoir la réputation la plus effroyable qu’un mortel puisse avoir dans une cage d’escalier parisien de ce début de XXIe siècle, cet individu, dont la folie pas douce a été jusqu’à faire fuir sa propre moitié, à qui l’on ne saurait reprocher que de l’avoir épousé dans un moment d’égarement que ne peut justifier qu’un extrême dénuement sexuel, et encore, il affiche avec beaucoup d’effets une foi tapageuse qui ne peut guère qu’évoquer un certain Tomás de Torquemada, de bonne mémoire chez tous les givrés de la Providence. Piété qui ne l’empêche pas de réveiller par des cris érotomanes non équivoques issus d’une vidéographie à caractère pornographique son voisin de droite, mais passons.
Or donc, le bonhomme, dont on supposerait que ses mœurs pourraient être adoucies par la musique, assène depuis trois semaines (retenez ce chiffre) la même chanson (retenez le même) à fond les bananes dès huit heures du matin. Elle passe en boucle.
Reprenons : imaginez que vous entendez TOUTE LA JOURNÉE, du matin au soir, la MÊME CHANSON (hideuse de surcroît, ce qui ne gâte rien). Lui semble s’en satisfaire. Moi, non. Tout chrétien que je proclame être, il y a des limites à tout. La solution : la mesquinerie. Je suggère de passer en boucle l’Ouverture 1812, du bon Tchaïkovski, celle dont lui-même avait dit dans une lettre à son frère : « Il y aura beaucoup de bruit, ça leur plaira beaucoup. » Qui dit mieux ?